Avant qu’il y ait des États, des monnaies ou des traités commerciaux, il y avait déjà l’échange — et, avec lui, un rapport de force. C’est par ce constat, emprunté aux travaux de l’anthropologue Pierre Clastres, qu’Ali Laïdi ouvre Histoire mondiale de la guerre économique (Perrin, 2016) : le commerce n’a jamais été le long fleuve tranquille pacifié par la main invisible du marché que promettaient les économistes, il a toujours porté en lui une part de rivalité, depuis les sociétés les plus anciennes jusqu’à la mondialisation contemporaine.

L’auteur n’est pas un nouveau venu sur le sujet. Docteur en science politique, Ali Laïdi anime depuis 2006 sur France 24 la seule chronique audiovisuelle française consacrée à la guerre économique, a enseigné à Sciences Po Paris comme à l’École de Guerre Économique, et a cofondé en 2019 l’École de Pensée sur la Guerre économique. Plus de cinq cents pages plus tard, ce livre reste l’un des rares ouvrages français à documenter le sujet sur la longue durée — le Portail de l’intelligence économique le qualifie de jalon dans la reconnaissance académique du concept, à une époque où moins d’une dizaine d’ouvrages comparables existaient en français.

La démonstration progresse par accumulation plutôt que par thèse unique : logiques impériales, luttes pour la suprématie commerciale, contrôle des routes de circulation, rôle du colonialisme dans la structuration des échanges. Laïdi montre que la rivalité économique n’est pas un accident de l’histoire mais une constante, y compris à l’âge de la mondialisation censée l’apaiser par le commerce. Pour un lecteur qui suit la rubrique Cajou, gaz, ports sur REGARDS, ce recul historique donne un cadre à des situations autrement traitées au fil de l’actualité : la captation de valeur n’est pas un épisode isolé, mais la version contemporaine d’un phénomène que Laïdi retrace depuis les sociétés primitives.

Le livre ne prescrit rien à la Côte d’Ivoire ni à aucun État en particulier — ce n’est pas son objet. Mais il donne les mots et la profondeur historique pour lire ce que REGARDS documente semaine après semaine, plutôt qu’un vocabulaire emprunté au seul fil de l’actualité.