Le 4 août, dans une salle du ministère du Plan et du Développement à Abidjan, une poignée de hauts fonctionnaires s’installe autour d’une table pour la première réunion du comité de pilotage du Pacte national énergie. Rien de spectaculaire dans l’image, mais elle résume assez bien où en est, en ce début septembre, l’exécution du PND 2026-2030 : une architecture de pilotage qui se met patiemment en place, loin des grandes annonces de financement de juillet.
La série avait ouvert fin août sur une question simple — la Côte d’Ivoire peut-elle bâtir sa souveraineté avec du capital étranger ? Cette deuxième édition n’y répond pas davantage, mais elle permet de vérifier ce qui a concrètement bougé depuis, plutôt que ce qui a été promis.
Un état-major qui prend forme
Le fait le plus solide de la période reste institutionnel plutôt que financier. Début juillet, le gouvernement a formalisé le dispositif censé garantir que le plan ne reste pas un document voté par le Parlement en avril puis oublié dans les tiroirs ministériels : un Conseil présidentiel de pilotage, présidé par la vice-présidence, chargé des orientations stratégiques, et un Comité de pilotage conduit par la Primature, censé assurer la coordination opérationnelle entre ministères. La réunion du 4 août sur l’énergie en est la première déclinaison sectorielle visible — le Pacte national énergie, adopté dès janvier 2025 dans le cadre de l’initiative internationale Mission 300, y a été présenté comme aligné sur le PND, avec quatre objectifs rappelés : accès universel à l’électricité, généralisation de la cuisson propre, 45 % d’énergies renouvelables dans le mix, et viabilité financière du secteur.
Ce qui manque encore à ce dispositif, à ce stade, c’est sa traduction en informations vérifiables par un tiers extérieur au gouvernement. Ni le communiqué du 4 août ni les textes créant le Conseil et le Comité de pilotage ne précisent de calendrier de publication, d’indicateurs chiffrés ou de rapport d’avancement accessible au public. L’architecture existe ; le tableau de bord qui permettrait de la suivre de l’extérieur reste à construire.
Le calme plat depuis le Groupe consultatif
Il faut le dire sans détour, en cohérence avec la ligne de cette série : la veille menée sur la période n’a pas fait remonter de nouveau marché public attribué, de nouveau décret sectoriel ou de déclaration ministérielle chiffrant un taux d’exécution du plan. Les grandes annonces — les 80 milliards de dollars d’engagements obtenus lors du Groupe consultatif de juillet, les accords de financement avec la Banque mondiale signés à cette occasion, la présentation par filière devant les investisseurs — datent toutes de juin et juillet. Rien de comparable n’est venu les confirmer, les chiffrer ou les prolonger depuis. Ce silence n’est pas en soi un signal négatif : un plan de cinq ans ne se décaisse pas au rythme d’une quinzaine. Mais il mérite d’être signalé plutôt que comblé par des reformulations des annonces déjà connues.
Une voix indépendante continue en revanche de se faire entendre sur un point précis : la Confédération des unions professionnelles des PME de Côte d’Ivoire (CPU-PME.ci) a dénoncé, début juillet déjà, l’absence de « séquence spécifique » ou de « dispositif visible » permettant aux petites entreprises locales d’accéder aux marchés du PND, qu’elle a qualifié de « foire aux opportunités » profitant surtout aux grands investisseurs. Aucune réponse publique du gouvernement à cette critique précise n’a été retrouvée sur la période — ni démenti, ni annonce de mécanisme dédié aux PME. L’absence de réponse ne vaut pas accord, mais elle mérite d’être notée comme telle.
Une proposition qui s’appuie sur ce qui existe déjà
Plutôt que de réclamer une structure supplémentaire, la piste la plus réaliste consiste à faire produire au dispositif de pilotage déjà créé ce qu’il ne produit pas encore : un point d’exécution public, même sommaire, publié à échéance fixe — un taux de décaissement par pilier, l’état d’avancement physique des projets structurants déjà identifiés, la part effectivement contractualisée avec des PME ivoiriennes plutôt que la seule part promise. Le Comité de pilotage conduit par la Primature a déjà pour mandat, sur le papier, de suivre la performance des ministères ; en publier une synthèse trimestrielle ne demanderait pas de nouvelle loi, seulement une décision de transparence. C’est aussi la meilleure réponse possible à une critique comme celle de la CPU-PME : non pas un débat sur les intentions, mais des chiffres vérifiables sur qui contractualise réellement.
Cette question reste ouverte : ce point d’exécution existe-t-il déjà quelque part sans avoir été rendu public, et les premiers marchés attribués dans le cadre du plan commencent-ils à apparaître dans les publications officielles ? REGARDS continuera de la vérifier au fil des prochaines éditions de ce suivi.
Sources : Énergie : la Côte d’Ivoire installe le pilotage de son Pacte national énergie, news.abidjan.net, 5 août 2026 — Côte d’Ivoire : le gouvernement met en place le dispositif de suivi du PND 2026-2030, Koaci, 1er juillet 2026 — Financement du PND 2026-2030 : la CPU-PME.ci dénonce l’exclusion des PME locales, Koaci, 9 juillet 2026 — Côte d’Ivoire : la BAD anticipe une croissance de 6,5 % en 2027, portée par le PND 2026-2030, Agence Ecofin, 30 juillet 2026 — Le gouvernement ivoirien et la Banque mondiale signent cinq accords de financement d’environ 480 milliards FCFA, news.abidjan.net, juillet 2026.


