Le 1er septembre, jour de la Journée nationale du café-cacao, le gouvernement ivoirien a fixé le prix bord champ de la campagne principale 2026-2027 à 1 200 FCFA le kilogramme. Le chiffre, en lui-même, n’a rien d’inédit — c’était déjà le tarif de la campagne intermédiaire de mars à août. Ce qui frappe, c’est la comparaison avec la campagne précédente, où les planteurs touchaient 2 800 FCFA : une baisse de plus de moitié, présentée par le ministre du Commerce et de l’Industrie Bruno Nabagné Koné comme le résultat d’une « correction spectaculaire » après une flambée mondiale exceptionnelle, et comme un compromis « soutenable » entre les intérêts des producteurs et les contraintes budgétaires de l’État. Il a aussi rappelé que 1 200 FCFA reste, dans l’histoire des campagnes principales, le troisième meilleur prix jamais offert aux planteurs ivoiriens.

Le problème n’est pas seulement la baisse en elle-même — les cours mondiaux du cacao se sont effectivement repliés après leur pic de 2024-2025 — mais son ampleur relative face aux autres grands pays producteurs. Une comparaison publiée début septembre situe la Côte d’Ivoire en dernière position parmi les principaux exportateurs mondiaux. Le voisin ghanéen paierait autour de 2 100 FCFA, soit près de 900 FCFA de plus par kilo ; le Cameroun, le Nigeria, l’Équateur et le Brésil se situent tous, eux, au-delà de 2 700 FCFA. Premier producteur mondial avec une part qui dépasse encore les deux cinquièmes de l’offre globale, la Côte d’Ivoire se retrouve donc, sur ce critère précis, le pays qui rémunère le moins ses planteurs.

Le prix qui se fixe avant la récolte

Ce paradoxe s’explique par un mécanisme que le ministre a lui-même mis en avant plutôt que caché : le prix bord champ ivoirien est garanti à l’avance, grâce aux ventes anticipées organisées par le Conseil du Café-Cacao. L’État vend une partie de la récolte à venir avant même qu’elle ne soit cueillie, ce qui permet de fixer un prix stable pour les producteurs quels que soient les soubresauts ultérieurs du marché. C’est un filet de sécurité qui a montré son utilité les années où les cours s’effondrent brutalement en cours de campagne. Mais le même mécanisme joue en sens inverse quand les cours, après une flambée, refluent progressivement plutôt que brutalement : les ventes anticipées de la campagne passée avaient été calées sur des prix mondiaux très élevés, et le nouveau prix bord champ doit désormais refléter des cours redescendus, sans que les planteurs aient pu profiter du plateau intermédiaire qu’ont capté, eux, les systèmes moins centralisés.

Le journaliste ivoirien André Silver Konan a résumé ce contraste en notant que les marchés libéralisés rémunèrent mieux leurs producteurs — une manière de poser, depuis l’intérieur du débat ivoirien, la question que la Côte d’Ivoire et le Ghana s’étaient pourtant engagés à traiter ensemble. En juin, les deux pays avaient signé une déclaration commune visant à harmoniser leurs prix et à peser collectivement face aux marchés financiers occidentaux où se négocient les cours du cacao, à Londres et à New York. Trois mois plus tard, c’est un écart de près de 900 FCFA par kilo qui sépare les deux voisins, dans le sens le plus défavorable à la Côte d’Ivoire.

Une vulnérabilité qui n’est plus seulement extérieure

Les analyses précédentes sur ce sujet, y compris sur ce site, ont surtout regardé vers l’extérieur : les prix qui se fixent à Londres et à New York, la valeur captée par les transformateurs et les marques occidentales, une industrie du chocolat qui explore des alternatives sans fèves pour desserrer sa dépendance au cacao africain. Cet épisode de septembre déplace une partie du regard vers l’intérieur : le mécanisme de stabilisation lui-même, pensé pour protéger les planteurs de la volatilité, peut aussi les priver d’une partie de la remontée des cours qu’un système moins verrouillé aurait mieux transmise. Ce n’est pas une défaillance de gestion à proprement parler — le Conseil du Café-Cacao a fait ce pour quoi il a été conçu — mais cela révèle un arbitrage rarement assumé publiquement entre stabilité garantie et captation du meilleur prix disponible à un instant donné.

Aucune réaction publique de l’Interprofession café-cacao ni des principales coopératives de planteurs n’a pu être retrouvée à ce stade sur cet écart précis avec les pays voisins ; l’article se limite donc à la justification gouvernementale disponible et à la lecture journalistique qui la met en perspective, en attendant que d’éventuelles prises de position producteurs viennent compléter le tableau.

Ce que REGARDS va suivre

Toute publication détaillant le volume et le calendrier des ventes anticipées du Conseil du Café-Cacao pour la campagne 2026-2027 ; une éventuelle réaction de l’ICCIG ou d’autres organisations de planteurs à l’écart de prix avec le Ghana ; les suites concrètes de la déclaration commune ivoiro-ghanéenne de juin sur l’harmonisation des prix ; et le prix qui sera fixé pour la campagne intermédiaire de 2027, qui dira si cet épisode reste ponctuel ou devient une tendance.