Le 16 septembre, dans son cabinet du Plateau, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie Mamadou Sangafowa-Coulibaly a clos une réunion de coordination sur l’opérationnalisation de la Société ivoirienne des métaux précieux par une formule choisie avec soin : la future unité d’affinage nationale doit devenir « un maillon clé de la rationalisation et de la promotion de la petite mine ». Le mot n’est pas anodin. Depuis des années, l’or extrait du sous-sol ivoirien quitte le pays, parfois même le continent, sans jamais repasser par une balance capable de dire ce qu’il vaut une fois transformé en lingot certifié.

La SIMEP doit changer cela à partir du premier semestre 2027, avec une capacité annoncée de cent tonnes par an « à plein régime ». L’État et la Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire (Sodemi) détiennent ensemble 49 % du capital d’une structure dont la participation nationale atteint 70 %. L’objectif affiché par le ministre dépasse la seule usine : faire de la Côte d’Ivoire le premier producteur d’or africain d’ici 2035, un rang aujourd’hui occupé par le Ghana. L’ambition n’est pas neuve — un objectif ministériel de cent tonnes annuelles avait déjà été fixé en juin 2024 — mais elle prend, cette fois, un calendrier et une structure juridique concrets.

Cent tonnes de capacité, une production qui n’y est pas encore

Entre ambition et réalité, l’écart reste net. La production industrielle ivoirienne a franchi la barre des 50 tonnes en 2023. Elle est montée à 58 tonnes l’année suivante, avec un objectif de 62 tonnes pour 2025, répartie sur une poignée de sites en exploitation — Lafigué, Abujar, Séguéla — auxquels doit s’ajouter Koné à partir de 2027. Le Ghana voisin, lui, dépassait déjà les 114 tonnes en 2023. À ces volumes officiels s’ajoute une production qui échappe largement aux statistiques : l’ONG Swissaid évalue à 30 ou 40 tonnes la quantité d’or sortie chaque année de Côte d’Ivoire par des circuits de contrebande, un chiffre qui reste une estimation associative et non une donnée douanière vérifiée, mais qui donne la mesure du problème que la SIMEP est censée corriger en amont autant qu’en aval.

Car une raffinerie ne sert à rien si l’or qui devrait l’alimenter continue de partir ailleurs avant même d’y arriver. C’est précisément la question que pose, depuis fin août, le Groupement des artisans miniers de Côte d’Ivoire. Dans un manifeste publié le 28 août, le GRAMCI s’oppose à tout moratoire général sur l’exploitation artisanale légale, rappelant l’expérience de la région de la Mé entre 2024 et 2026 où une suspension des opérateurs autorisés n’a pas fait reculer l’orpaillage clandestin — elle a surtout pénalisé ceux qui avaient choisi la voie légale. L’argument s’appuie sur des chiffres que le Conseil national de sécurité a lui-même rendus publics : plus de 8 500 sites illégaux démantelés depuis 2021, pour 4 474 personnes déférées devant la justice. Près des deux tiers d’entre elles sont des ressortissants étrangers. Les saisies cumulées sur la période atteignent 136 kilogrammes d’or et près d’un milliard de francs CFA en espèces.

Dans le même temps, la formalisation progresse : plus de 800 autorisations d’exploitation artisanale et semi-industrielle ont été délivrées en trois ans, davantage que sur toute la décennie précédente. Signe qu’une partie du secteur bascule réellement vers la légalité — même si environ 500 000 personnes restent dépendantes, directement ou non, d’une activité qui demeure largement informelle.

Le raffinage, un maillon parmi d’autres dans une chaîne plus longue

La mine de Koun-Fao, exploitée par Eburnie Gold Fields depuis 2022, illustre ce que la formalisation peut produire concrètement : vingt emplois permanents, quatre-vingts journaliers, et environ 500 millions de francs CFA de taxes versées en quatre ans. C’est un cas isolé, mais il donne un visage à l’argument du GRAMCI — la légalité rapporte, à condition d’en avoir les moyens et les débouchés.

Reste la question la plus difficile à trancher avec des données ivoiriennes : où va, aujourd’hui, la valeur de cet or une fois sorti du pays ? Le phénomène est documenté à l’échelle du continent, pas spécifiquement pour la Côte d’Ivoire — des enquêtes de l’ONG The Sentry et des travaux de l’OCDE ont montré, pour le Mali, le Burkina Faso ou la RDC, comment l’or artisanal transite par des places comme Dubaï avant d’être refondu, souvent en Suisse, qui concentre à elle seule plus de la moitié du raffinage mondial. Aucune étude équivalente n’a chiffré ce que la Côte d’Ivoire perd précisément par ce mécanisme ; l’hypothèse est plausible au vu du contexte régional, elle n’est pas établie dans le cas ivoirien spécifique.

C’est bien ce que la SIMEP tente de court-circuiter : en rapatriant l’affinage à Abidjan, l’État espère capter localement une marge qui, jusqu’ici, revenait presque mécaniquement à des raffineries étrangères — à condition que l’or arrive jusqu’à elle. Une unité de cent tonnes ne vaudra que ce que vaudra, en amont, la capacité de l’État à faire que l’or extrait sur le territoire y soit aussi déclaré, pesé et vendu.

Ce que REGARDS va suivre : si la SIMEP obtient, une fois opérationnelle, une accréditation reconnue sur les marchés internationaux — le type de certification qui permet à un lingot de circuler sans repasser par une raffinerie étrangère — et si les chiffres de production officielle et de contrebande estimée évoluent dans les prochains bilans du Conseil national de sécurité et de la Sodemi.